Les Grandes Voix du Fado · 3ème Édition

CAMANÉ

Victoria Hall, Genève · Lundi 19 octobre 2026

Pour la troisième édition des Grandes Voix du Fado, le Victoria Hall a accueilli l’une des plus grandes voix du fado contemporain. Le lundi 19 octobre 2026, Camané a offert à Genève un concert intime et profond, de ceux où chaque mot compte et où chaque silence se fait musique.

Camané et ses musiciens sur la scène du Victoria Hall de Genève, en lumière rouge
La soirée en quelques instants

Le fado comme on le raconte

En costume sombre, sous les lumières rouges et bleues du Victoria Hall, Camané a chanté comme on se confie. Entouré de la guitare portugaise, de la guitare classique et de la contrebasse, il a déroulé les grands thèmes du fado : l’amour, l’absence, la solitude, l’espoir, et cette saudade que le public portugais connaît si bien, et que les autres ont ressentie sans avoir besoin de traduction.

Chez Camané, la voix ne se contente pas d’interpréter un poème : elle en révèle les silences et en fait entendre le sens caché. Fidèle à la tradition du fado de Lisbonne, mais toujours en quête de sa propre vérité, il a emmené la salle dans un voyage au cœur du fado et de la condition humaine. Pour beaucoup, l’écouter, c’était un peu rentrer à la maison.

Photos : CB

🎙️ Camané, en ses mots

Le jour du concert, Camané s’est confié à Ilídio Morgado, journaliste de la Gazeta Lusófona. Extraits de cet entretien, traduits du portugais.

Comment le fado est-il entré dans votre vie ?

Très tôt, grâce à l’immense collection de vinyles de mon père. Un jour, malade, je suis resté plus d’un mois à la maison. Après avoir écouté en boucle les Beatles, Sinatra ou Aznavour, j’ai commencé à explorer les disques de fado de la famille. Au début, cette musique m’a semblé étrange mais, comme disait Fernando Pessoa, « d’abord on s’étonne, ensuite on s’imprègne ». J’ai appris les fados traditionnels presque sans m’en rendre compte. Mon père a joué un rôle déterminant : il me donnait la note, ou le début de la mélodie, et je retrouvais le reste.

Que cherchez-vous dans un poème avant de décider de le chanter ?

La poésie est essentielle dans le fado. Le fado a une sensibilité particulière, un mystère infini qui entre en nous : il raconte l’amour, la vie, les sentiments, et pousse celui qui l’écoute à réfléchir. Bien raconter l’histoire d’un fado, c’est fondamental. Mes choix sont d’abord intuitifs : quand je reconnais un texte qui a du sens, une musicalité, et qui peut fonctionner dans le fado, j’en fais l’un de mes fados. Ce soir, j’ouvrirai d’ailleurs le concert avec un poème de Fernando Pessoa.

Quelles rencontres ont compté dans votre parcours ?

José Mário Branco a été une influence décisive. Il comprenait profondément le fado et exigeait l’authenticité : quand il créait du fado, il fallait que ce soit vraiment du fado. Nous avons travaillé ensemble pendant des années, avec une vraie « chimie » artistique. Récemment, j’ai aussi enregistré deux titres que Carminho a préparés pour moi : un poème de Camões sur une musique qu’elle a composée, et un autre dont elle a écrit les paroles et la musique.

Que ressentez-vous quand vous chantez loin du Portugal ?

Le fado, comme la musique et la poésie, dépasse la barrière de la langue, parce que le public ressent la vérité émotionnelle de l’interprétation. Je l’ai vécu en Chine, au Japon, à Macao, à Taïwan… On comprend avec l’émotion. Chanter loin de chez soi, c’est être chez soi. C’est toujours comme la première fois : une attente qui me rend nerveux, impatient de monter sur scène pour « offrir » un voyage émotionnel.

Et si vous deviez expliquer le fado à quelqu’un qui ne le connaît pas ?

Je lui dirais que « le fado, c’est la vie ». Une manière portugaise de raconter les histoires de cette vie et ses sentiments, comparable dans sa singularité au tango argentin, au flamenco ou au blues. C’est un « blues portugais », doux, profond, avec un rythme et une esthétique qui le rendent immédiatement reconnaissable.

Camané et ses musiciens saluent le public du Victoria Hall

Merci

Merci à Camané et à ses musiciens pour cette soirée d’une rare intensité, à l’équipe technique et au Victoria Hall pour leur accueil, à nos partenaires Crédito Agrícola, Caixa Geral de Depósitos, Hotels by Fassbind, Saveurs Gourmandes, Gazeta Lusófona et Rádio Arremesso, et à vous, public fidèle, qui faites vivre le fado à Genève. Trois éditions, trois grandes voix : l’histoire des Grandes Voix du Fado continue.